III. Le coeur biologique animal : les intérêts et les obstacles

         A. Principe

   Les transplantations cardiaques entre les hommes sont appelées allogreffes car le donneur et le receveur sont de la même espèce. Cependant étant donné le caractère rare de celles-ci, les cœurs artificiels permettent une meilleure chance de survie en remplaçant, à court ou à long termes, le cœur naturel. Il existe tout de même une autre solution exploitée par certains médecins dès 1900 : la Xénogreffe. Celle-ci consiste à remplacer un organe, ici le cœur ou juste une partie, par celui d’une espèce différente de celle du receveur, donc différente de l’homme. Cela permet de remédier aux manques de greffons.  La première xénogreffe d’un rein de chèvre a été effectuée sur une femme ayant accouchée en 1905 par le chirurgien Mathieu Jaboulay.

         B. Quel animal pour l’homme ? Pour quels problèmes ?

   Au début, la xénogreffe se faisait à partir des primates, étant un proche cousin de l’homme, mais cette pratique n’est plus utilisée par les chercheurs car ils pourraient avoir des problèmes éthiques, d’agents pathogènes transmis à l’homme et de préservation des espèces. De plus, l’élevage est coûteux et les greffons ne peuvent pas être utilisés pour tous les cas. En conséquence, le porc semble être l’animal le plus approprié car il est un omnivore dont la taille se rapproche de celle humaine et les connaissances biologiques de ce dernier sont acquises. Ses organes ont les mêmes fonctions et les mêmes dimensions. Il est un animal qui n’a jamais transmis beaucoup de maladies à l’homme. L’élevage étant relativement simple, il suffit d’appliquer des conditions de sécurité pour éviter les infections et les virus. Néanmoins, la fiabilité des organes à long terme n’est pas certaine à cause des risques d’infections, et de la position verticale de l’homme qui pourrait avoir une conséquence négative (le porc évoluant à l’horizontale.).  Des greffes de valves cardiaques de porc ont été faites et se sont révélées être un succès. Le tissu animal est, en effet, traité pour éviter tout facteur immunogène et éviter l’utilisation de médicaments.

   Ainsi, des organes animaux peuvent remplacer ceux de l’être humain mais cela n’est pas sans risque. Le principal risque est le rejet du greffon. En effet, le porc a le gène galactose- α-1,3-galactose qui  existe  chez tous les animaux mais pas chez tous les primates et l’homme. Le gêne code pour l’enzyme qui fabrique des sucres pour certaines cellules, hors l’homme a des anticorps contre le galactose ce qui provoque un rejet, dit « aigu », immédiat de la greffe (moins de trente minutes).

     Pour contrer ce problème, des chercheurs ont élevé des porcs génétiquement modifiés qui donnèrent des organes mieux acceptés par le corps humain. Ces derniers ont tenté de masquer la molécule avec des molécules humaines en injectant un gène humain dans des ovules fécondés porcins. Au final, les cellules humaines masquaient les molécules porcines mais le système immunitaire a toujours fini par rejeter le greffon.

   Il reste aussi des soucis de coagulation, d’inflammation, de rejet chronique malgré un traitement immunosuppresseur et d’infections. Modifier génétiquement l’animal peut améliorer les chances de réussite de la transplantation. Les transmissions de maladies peuvent être réduites en suivant très sérieusement le donneur, même si cela ne supprime pas la menace entièrement. Malgré cela, il faut dire que ce cœur a un atout considérable : qu’il soit définitif ou momentané, nécessitant un suivi médical et des médicaments, il n’a aucune autre contrainte, ni de poids, ni esthétique pour le patient qui peut ainsi attendre une autre greffe par exemple. L’animal pourrait-il donc être à la fois un fournisseur d’organes et de nourriture ?

         C. Pour ou contre ?

     Les avis restent partagés envers la xénogreffe pour les pro-xénogreffes tout comme ceux qui sont contres.

Les arguments pour la xénogreffe :

-  La xénogreffe mettrait fin à la pénurie de greffons tout en améliorant la vie des patients qui sont dans l’attente d'un cœur d’origine naturelle humaine.

-  L’utilisation d’animaux est jugée acceptable si c'est pour sauver des vies humaines à condition de ne pas les faire souffrir inutilement.

-  La xénogreffe est une avancée pour la science et pour l’homme, les bénéfices étant plus grands que les souffrances et la perte de vie d’animaux.

Les arguments contre la xénogreffe :

-  La xénogreffe peut donner lieu à des risques infectieux pour l’entourage et la société avec les xénozoonoses (transmission de maladies de l’animal à l’homme).

-  Les xénogreffes peuvent être des organes de deuxième choix ce qui pose un problème : qui peut donc profiter de greffons humains (plus rares mais bien mieux) et qui doit se contenter d’une xénogreffe ? Les riches ou les pauvres ?

-  Les animaux posent un problème d’éthique animale car ils deviennent transgéniques pour convenir à l’homme et sont enfermés dans des élevages sous contrôle. Le risque de dérive est important (trafic).

-   L’être humain ne doit pas franchir la barrière des espèces.

-   La transplantation peut poser des problèmes psychiques chez le patient qui peut être perçu différemment par son entourage dû à l’origine de son greffon. De plus, un problème religieux se pose aussi. Un homme dont la religion proscrirait la xénogreffe se verrait face à un dilemme entre sa vie et sa croyance qui pourrait causer un problème morale ou bien physique. 

 

   Que l’on soit pour ou contre, ce qui est certain c’est que la xénogreffe pourrait pallier à la pénurie de greffons, cardiaques ici. Les greffons animaux sont traités et donc rendus plus vivants ce qui laisse un doute sur la durée de ces derniers mais ils sont déjà largement utilisés. Par exemple, pour le cœur, les valves cardiaques de porc remplacent celles défaillantes de l’homme.

Un coeur de porc

 



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